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Apprendre à exister hors du regard de l'autre

Enfant, je me sentais plutôt libre et je faisais ce que j'aimais : chanter, danser, jouer la comédie. Il y avait quelque chose de léger et libre. Et puis l'adolescence a débarqué et le regard des garçons a commencé à être important.

J'avais besoin de me sentir exister dans le regard d'un garçon (en réalité dans le regard de mon père mais je l'ignorais à cette époque).

Entourée d'hommes plutôt intelligents (mon père et des copains premiers de classe), je pensais qu'il me fallait moi aussi être intelligente, briller à leur yeux par mon savoir et mes connaissances. J'ai donc été plutôt bonne élève. Mais je n'avais pas ce sentiment d'exister vraiment, on se moquait de moi, les garçons jouaient inconsciemment avec ce besoin et je m'éloignais de moi-même en essayant d'être quelqu'un à aimer, en faisant la fille intelligente (et à lunettes).

 

Je rencontrais des garçons puis des hommes qu'il me fallait admirer, que je mettais sur un piédestal et que je finissais par abandonner car je ne me sentais toujours pas exister à leurs yeux. Que ce soit au niveau professionnel ou amoureux, je finissais toujours par me dire que j'étais inintéressante, inutile et que je ne manquerais pas si je partais.

A leurs réactions, je comprenais - mais trop tard - que j'avais compté. Les compliments d'un supérieur hiérarchique que je quitte, les pleurs et le désarroi des hommes qui m'aimaient, me faisaient "plaisir" mais il était trop tard. Ce n'est qu'en partant ou en menaçant de partir que je sens que j'existe. Ce qui me ramène à un événement où - j'avais 12 ans - je dis à mon père que je veux aller à l'internat (qui était en bas de ma rue) pour être avec mes amies de classe qui s'y trouvent. Je me souviens encore si bien de la scène (nous marchions dans la rue, revenant de l'école-internat) et du bonheur qu j'ai eu d'entendre que je lui manquerais trop. Je ne l'ai plus jamais demandé et c'est probablement la seule et unique fois où je me suis sentie importante à ses yeux (ce qui ne veut pas dire que je ne le suis pas à ses yeux mais ce n'est pas un grand démonstratif). Cette scène, je la revois régulièrement repasser en moi et je sais aujourd'hui que j'ai mis en place un mécanisme de ce genre pour vérifier si on m'aime pour qui je suis et pas pour ce que je fais (être intelligente notamment).

 

Aujourd'hui, j'ai rencontré un homme que j'aime vraiment profondément et j'ai décidé de changer et de cesser de répéter ce même scénario. Et cela me demande de devenir libre de ce regard que j'attends de mon homme pour exister. Ou que j'attends de mon patron qui - comme par hasard - n'est pas le plus généreux en signes de reconnaissance et remerciements. Mais ce n'est pas par hasard que c'est ce genre d'homme que je rencontre car c'est moi qui les attire avec cette croyance erronée que j'ai besoin de l'autre pour exister. Comme cette croyance me limite dans mon potentiel et me prive d'être totalement moi-même, la Vie me met sur mon chemin ce qu'il faut pour en prendre conscience. Et rien de tel que l'Amour pour vouloir se changer. Si je veux que ma relation perdure, il est temps que je change le regard sur moi-même et que je commence à me faire exister et à me reconnaître, retrouver la fille, la femme libre et légère que j'étais enfant.

 

Cela commence par accepter cette solitude fondamentale, dont parle si bien Jacqueline Kelen dans son livre "l'Esprit de Solitude" (les lectures n'arrivent jamais par hasard non plus). Comprendre et accepter que jamais personne ne me comprendra vraiment (ce qui était une sorte de condition pour qu'on m'aime vraiment.. comment pouvez-vous m'aimer si vous ne comprenez pas qui je suis). Même si moi j'ai cette capacité de comprendre entre les lignes ce que vivent les gens, de les écouter vraiment, cela n'est pas donné à tout le monde et je ne sais de toute façon pas tout non plus de ce que l'autre vit car cela passe inévitablement par mon propre filtre; et donc  je ne dois pas l'attendre des autres, ni de mon homme ni même de ma thérapeute, car je suis celle qui peut le mieux être à l'écoute de moi-même. Une aide ponctuelle pour y voir clair est parfois nécessaire mais beaucoup de mes prises de conscience se font dans le silence de moi-même.

 

A l'aube de cette nouvelle année 2018, avec la pleine lune qui approche, la conscience de cette solitude est forte. Souffrance au départ, car subie et non comprise, la solitude devient pour moi une porte d'entrée vers une véritable relation d'amour avec Lui (mon amoureux mais avec Dieu, la Vie aussi). La lecture du premier chapitre de ce livre a libéré quelque chose en moi : Ce sentiment métaphysique recèle une clef qui ouvre la porte donnant sur le monde immense de la vie, de la belle solitude. Tourner la clef pour ouvrir la porte, c’est passer de la douloureuse incommunicabilité à la liberté personnelle, à l’étonnement, à l’émerveillement d'être seul au monde, seul à porter son destin, seul à pourvoir aussi le partager. Au lieu de me sentir isolé, coupé de tous, désormais, en tournant la clef, je suis seul à croire en moi, seul aussi à pouvoir faire quelque chose pour moi. Ainsi je suis entièrement responsable de tout ce qui m’arrive. Haute conscience, seule conscience qui mérite son nom." (L'Esprit de Solitude, J. Kelen, Ed. la Renaissance du livre,p22).

 

Je poursuis ma lecture et le voyage vers Moi continue avec une nouvelle étape qui démarre ce 1er janvier 2018: Apprendre à exister par moi-même pour aimer encore mieux.

 

Blanche Colombe

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