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Etre authentique avec nos enfants: une exigence

 
L'autre jour, nous nous promenions en famille dans un port breton. Mon fils, Luckas, gambade le long du port et nous observons les bateaux avec beaucoup d'intérêt. L'eau est à deux mètres en dessous de nous et je suis rassurée par les hautes balustrades, Luckas peut courir sans que je ne sois inquiète. Cependant, nous approchons d'une entrée de ponton, qui descend vers les bateaux et mon taux d'adrénaline augmente…

Luckas étant plutôt vif et enthousiaste, je me l'imagine descendant cette passerelle en courant, inconscient du danger de tomber à l'eau... ce qu'il a clairement envie de faire: descendre voir les bateaux de près. A ce stade-ci, je suis censée le suivre et l'accompagner dans sa découverte... bon, j'avoue, ma peur qu'il tombe à l'eau était plus forte et je lui ai clairement signifié qu'il n'était pas question qu'il descende sur cette passerelle.  Vous aurez compris qu'il n'était pas d'accord avec moi et s'est mis à crier et tirer sur mon bras pour aller vers les bateaux. Je lui expliquais tant bien que mal que j'ai peur que tu tombes dans l'eau, Luckas, je n'ai pas de vêtements de rechange, et je n'ai pas non plus envie de devoir, moi, sauter dans l'eau pour te sortir de l'eau, quand un groupe de personnes s'approche de nous et l'une des personnes réagit en disant à Luckas: "ouh tu n'as pas l'air content que tes parents t'empêchent de faire ce que tu veux". Oui, bien vu, c'est tout à fait ça ! bonne reformulation, merci madame. Mais c'est là que ça devient .. comment dire.. horrible.. " tu sais, si tu tombes dans l'eau, les poissons vont manger tes pieds et tu ne pourras plus marcher !".. glups !

Euh, tu sais, Luckas, c'est pas vraiment ça" ose-je dire devant cette dame bien intentionnée mais à côté de la plaque. Elle me sourit, se rendant compte de son "mensonge" et s'en va bien gentiment. Alors, oui, cette petite phrase a calmé Luckas "Les poissons vont manger mes pieds", répète-t-il. Je m'empresse de lui dire que ce n'est pas vrai, que les poissons mangent d'autres poissons, du plancton mais pas des êtres humains. J'imagine la peur qu'il aurait à tomber dans l'eau et à se voir manger les pieds par des poissons imaginaires. De grâce, cessons de raconter des bêtises à nos enfants et  à créer et entretenir des peurs chez eux qui n'ont ni queue ni tête, sous le prétexte de les calmer. C'est de l'abus de pouvoir, pur et simple ! nos enfants ont besoin que nous soyons authentiques avec eux, honnêtes quant à nos propres peurs et nos raisons personnelles dans nos refus par rapport à leur demande.

 

D'un coup, cela me ramène à ma propre expérience en colonie de vacances, je devais avoir 12 ans environ: nous partions "naviguer" en planche à voile (sans voile) et canoë sur une rivière. J'avais entendu que si on tombe dans l'eau et qu'il y a des roseaux, on se noie car on se prend les pieds dans les tiges des roseaux. Avec cette "croyance" dans ma tête, me voilà partie sur mon canoë. Tout se passe bien et nous arrivons tous à destination. Au retour, j'ai envie d'essayer la planche à voile, qu'il faut faire avancer avec ses bras, assis ou couché sur la planche. A mi-chemin, me voyant épuisée et ayant envie de continuer avec la planche, une copine en canoë me demande si je ne veux pas changer avec elle. Je saute sur l'occasion (si j'ose dire) et me voilà dans l'eau à essayer de remonter dans le canoë pendant que ma copine s'en va au loin avec sa planche. Et là, impossible de remonter sur ce canoë ! et le courant qui me fait dériver vers les roseaux jusqu'à me retrouver en plein "risque de noyade". Paniquée, je me met à appeler à l'aide, à crier pour que quelqu'un vienne. Je perd pied, le canoë se retourne, je m'y accroche. Je suis en larmes quand un papy et son petit-fils arrivent en canot gonflable et viennent me secourir. Avec leur calme, ils me rassurent - les roseaux n'ont pas du tout l'air de les faire paniquer comme moi. Oh merci ! je n'ai pas de mots pour les remercier de m'aider à remonter sur le canoë et je m'éloigne au plus vite pour rejoindre le groupe. Je n'ai pas dit un mot de mon aventure. En fait, les roseaux ne sont pas dangereux mais quelle frousse ! quelle c. j'ai été de croire cette histoire. On ne m'aura pas deux fois! en fait, j'en ai retiré un manque de confiance en l'adulte pendant très longtemps.

 

Alors, vraiment, arrêtons de contrôler les enfants avec des peurs irréelles. Ils ont besoin de connaître les vrais dangers ou nos raisons strictement personnelles d'avoir peur, et pas des histoires abracadabrantes complètement inventées. Ils pourront ainsi réagir de manière adéquate lorsqu'un vrai danger apparaîtra. Car la confiance en l'adulte et en ce monde en dépend…


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